Mise à jour: fin octobre 2019

Aujourd’hui je suis à 2 ans et 10 mois environ de la plus mauvais expérience de ma vie adulte – la chirurgie à coeur ouvert que j’ai subi au CHUV fin 2016.

La maltraitance que j’y ai reçu a laissé comme séquelle une dépression profonde jusqu’en l’automne 2017, quand j’ai commencé à voir une thérapeute spécialisée en stress post-traumatique. C’est une thérapeute extraordinaire, et j’a eu de la chance de la trouver près de chez moi en Suisse romande.

Inutile de préciser que j’ai trouvé cette personne moi-même, parce qu’au CHUV ils se foutent royalement du patient une fois qu’il/elle a quitté l’hôpital. Même les effets secondaires de l’opération cardio-vasculaire, tous terrifiants et inattendus à l’époque, ne méritaient pas forcément un rendez-vous ambulatoire au polyclinique. Il a fallu batailler ferme même pour obtenir du service après-vente sur mon système cardiaque!

Et tout aussi inutile de dire que j’ai payé une année de thérapie moi-même, car ma thérapeute excellente n’a pas fait ses études en Suisse (…) et en plus je n’ai pas été consulter un psychiatre d’abord.

Au bout de quelques mois de thérapie assez douleureuse, j’ai pu imaginer me sortir – peut-être – du marasme, et avec l’aide précieuse des Cardiac Athletes (groupe internationale fondé par un particulier en Australie pour les gens sportifs et engagés ayant subi une intervention cardiaque) j’ai pris rendez-vous avec le Prof Sharma, cardiologue renommé à Londres. J’ai pu faire un “stress performance test”, quelque chose qu’on ne m’avait jamais proposé en Suisse. Le test a montré que je suis en très bonne forme physique malgré le pacemaker (qui change complètement comment le coeur bat, et ce n’est pas un changement positif), la chirurgie au coeur et un défaut pulmonaire avec lequel je suis née, mais que mon corps avait réussi à contourner au mieux de ses capacités. A mon retour de Londres en juillet 2018 j’ai commencé à revivre, non pas juste survivre minablement d’un jour au suivant.

En janvier de cette année j’ai repris le surf (océan, pas neige; et pour les anglophones, surfing, not wind-surfing) en Afrique du Sud. Contrairement à l’interdit formel que j’ai reçu des experts en surf du CHUV, les sondes du pacemaker ne se sont pas cassés, et j’ai eu mes plus belles expériences depuis cette chirurgie maudite.

J’ai compris des choses sur la Suisse – ou de moins, la Suisse romande – ces deux dernières années. Ce pays n’a pas toujours été “un pays riche”, contrairement aux idées reçues des étrangers. La classe moyenne n’existe pas depuis très longtemps, ou du moins pas en nombres élévés. Il y a toujours eu des super-riches à Genève, à Zug, à Zurich et qui sait, et beaucoup de paysans et d’ouvriers d’usine. Ici je cible les différences de mentalité de personnes nées et élévées avec la conviction de valoir quelque chose aux yeux de la société, et pour lesquelles le simple fait d’être un être humain dans une sociéte “moderne” est synonyme de traitement respectueux et humain. Quand on est né et élévé dans cette conviction, on sait qu’on a une voix, et on sait revendiquer un comportement adéquat de son interlocuteur. M et Mme Tout-le-Monde en Suisse ne revendique jamais rien. C’est “mal vu”, ou que sais-je.

La docilité et manque de révolte des Suisses et Suissesses envers leur système médical brutal m’a laissé pantois dès mes premières expériences au CHUV: les médecins qui parlent de vous en s’adressant à un collègue, en votre présence, sans même vous regarder dans les yeux, sans vous saluer. Les manipulations abruptes de votre corps, sans même vous dire qu’ils vont faire x ou y. Jusqu’à débrancher le pacemaker externe pour voir si vous pouvez vivre sans. (Dans mon cas, la réponse était non. J’ai commencé à perdre conscience.) Encore et encore, vous êtes traité comme un objet inanimé. Leur surprise quand vous parlez sans qu’on vous invite à ouvrir la bouche est presque comique. Surprise qui vire rapidement en aggressivité si vous osez poser une question ou contrer une erreur qu’ils sont en train de faire. (Parce que ça arrive! Les médecins font plein d’erreurs, mais ne s’en excusent jamais, en mon expérience.)

Bref. J’ai enfin compris pourquoi beaucoup d’étrangers en Suisse s’inscrivent par défaut au système privé (tel qu’il existe en Suisse). Ils ont dû savoir quelque chose que je n’avais jamais imaginé avant cette expérience. Etre soigné dans le privé, je ne voyais pas la nécessité! Il y a des années j’ai été hospitalisée en Angleterre, dans un confort très basique, et cela ne m’a jamais dérangé. Je ne confonds pas l’hôpital avec un hôtel 5 étoiles. Mais je m’attends à du respect, de la compassion … tout ce qu’on comprend dans les mots “soins” et “soigner”. Au CHUV, soigner est l’affaire des machines auxquelles on est attaché, et seulement en deuxième lieu par une équipe d’infirmiers/ères de qualité extrêment diverse, dont certains trouvent normal d’engueuler le ou la patient/e.

Pire, ils et elles ont souvent absorbé le sexisme omniprésent dans la mentalité suisse, au point d’être beaucoup plus sévères et impatients avec les patientes qu’avec les patients.

Mon cardiologue est le Prof Sharma depuis 2 ans. Cela m’a changé la vie. Et c’est une simple question d’être traité comme un être humain, un adulte qui a toutes ses facultés mentales, par mon spécialiste. Voilà.

Clarification: je paie le Prof Sharma moi-même. Il travaille autant pour le National Health Service que pour le privé. Une consultation chez lui coûte moins cher que chez un cardio en Suisse, et c’est cent mille fois plus agréable et informative.

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